Friday, February 3, 2012

Madame Figaro



03 février 2012

Le nouveau défi d'Angelina Jolie

L'actrice défend son premier long-métrage, "Au pays du sang et du miel", en tant que réalisatrice

Par Margaux Destray et Sixtine Léon-Dufour


Déesse du star-système et pasionaria humanitaire, cette Wonder Woman est aussi une réalisatrice engagée. Au pays du sang et du miel, son premier film, raconte une histoire d’amour pendant la guerre en Bosnie. Elle ne tait ni les atrocités ni la responsabilité de la communauté internationale. Rencontre avec une belle conscience made in Hollywood.

Angelina Jolie est un curieux paradoxe. Une star sculpturale, telle qu’en produit l’époque, aussi à l’aise sur les red carpets que sur les tarmacs des aérodromes du Darfour. Une beauté glamour qui inspira autrefois à un George Clooney pince-sans-rire cette phrase immortelle : « Angelina sera toujours la bienvenue à la maison. Brad (Pitt), en revanche, peut rester chez lui. »
Une rescapée des gouffres de la postadolescence (John Voight, son père, génial acteur de Macadam Cowboy, n’était pas le plus équilibré des hommes), qui la conduit sans doute aujourd’hui à s’impliquer auprès des plus désarmés. Pour la voir truster les covers des magazines people, flanquée de ses six enfants en grappe au bras de son prestigieux mari, on en oublierait presque le principal : Angelina Jolie, qui fit ses débuts en short, en marcel et en pilleuse de tombes dans le personnage de Lara Croft (Tomb Raider), a su gagner la confiance de réalisateurs comme Robert De Niro (Raisons d’État), Michael Winterbottom (Un coeur invaincu, sur le meurtre du journaliste américain Daniel Pearl), ou Clint Eastwood (l’Échange, une nomination à l’Oscar – oscar qu’elle reçut d’ailleurs, tout le monde l’a oublié, pour Une vie volée, de James Mangold en 2000).
Ces jours-ci, elle défend à Los Angeles, son premier long-métrage, Au pays du sang et du miel, histoire d’amour ambiguë entre un Serbe et une Bosniaque, pendant le siège de Sarajevo, en plein conflit des Balkans.

Réalisatrice : son nouveau défi

Elle entre dans la pièce de ce palace de Hollywood, superbe et amaigrie, sanglée dans une petite robe noire stricte d’executive woman. Le message subliminal est clair : ici, la star internationale s’efface devant la réalisatrice débutante. Et la réalisatrice débutante devant son impérieux sujet : « Depuis dix ans, explique Angelina Jolie en faisant rouler une petite bouteille d’eau entre ses mains, j’ai eu la chance de travailler sur le terrain avec des membres du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Ils m’ont ouvert les yeux sur les plaies du monde. Et permis de côtoyer d’innombrables victimes de guerre. Toutes m’ont tenu à peu près le même discours : combien de conflits aurait-on pu éviter si les forces internationales étaient intervenues en amont ? »
À la fois devoir de mémoire et plaidoyer, Au pays du sang et du miel (le nom que donnaient à leur pays aujourd’hui morcelé les ex-Yougoslaves) ne fait l’impasse ni sur la violence ni sur les viols, les Serbes en perpétrèrent des milliers entre 1992 et 1995. La réalisatrice a recruté des acteurs qui avaient vécu sur Sniper Alley (l’artère centrale de Sarajevo d’où Serbes et Bosniaques se canardaient et où les voitures descendaient à tombeau ouvert). Elle a choisi pour décor de vrais camps pénitentiaires.
Résultat : le film retient l’attention outre-Atlantique pour de bonnes raisons. Une plongée dans le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale. Et non pour d’autres motifs plus discutables : c’est du (Angelina) Jolie et donc un objet de curiosité.
Michelle et Barack Obama ont d’ailleurs reçu M. et Mme Pitt dans le bureau ovale de la Maison-Blanche pour évoquer le travail mené par l’actrice contre les atrocités de masse et les violences sexuelles contre les femmes. Fine mouche, la moitié des « Brangelina » adopte un discours officiel et fait profil bas. « Je n’ai jamais programmé de devenir réalisatrice, insiste-t-elle. J’étais dans notre maison du sud de la France (NDLR : une bastide varoise protégée comme Fort Knox) quand un coup de froid m’a contrainte à la quarantaine. Je me suis mise à écrire d’une traite, sans réfléchir. En deux jours, j’avais les grandes lignes de mon scénario. Je l’ai montré à Brad qui m’a dit : “Tu sais, ce n’est pas si mal, chérie.” » Elle sourit et son sourire gomme ce que la remarque pourrait contenir de condescendance. Sur le plateau, la direction d’acteurs et la mise en scène reviennent à Angelina Jolie.
La gestion des enfants, toujours prompts à courir partout, relève du domaine de Brad (il s’improvise aussi photographe). Comme le chanteur Bono qui, pour éviter de se faire taxer d’amateurisme lorsqu’il vint évoquer l’Afrique au G8, prit des cours accélérés de macro-économie à la Banque mondiale et auprès d’éminents spécialistes, l’actrice s’est, bien évidemment, informée sur le conflit bosniaque, soumettant ses comédiens à la question. « Avec Brad, nous avons un accord tacite : mener à bien nos projets chacun notre tour », raconte-t-elle. Le deal dure depuis leur rencontre explosive – ils incarnaient des agents secrets qui avaient pour mission secrète de s’entre-tuer – sur Mr.&Mrs. Smith, de Doug Liman, en 2005.

L’actrice la mieux payée de Hollywood

À l’époque, elle n’est pas tout à fait une inconnue. Le public n’ignore rien de ses relations houleuses avec son père, de ses tentatives d’automutilation, de son premier mariage avec l’acteur Billy Bob Thornton (un siphonné de première), de sa filmographie encore très inégale et de sa légende (elle cultiverait un goût immodéré pour les serpents et les tatouages). Ensemble, Angelina Jolie, la starlette, et Brad Pitt, l’acteur de Seven et d’Entretien avec un vampire, vont devenir invincibles. Ils adoptent des enfants en Afrique ou ailleurs (les paparazzis se livrent une bataille sans nom pour obtenir la photo officielle du premier bébé et de ses parents). Ils tournent des films de plus en plus ambitieux avec le gotha des cinéastes hollywoodiens (la moindre de leurs apparitions électrise le Festival de Cannes). Ils s’engagent dans des projets humanitaires : elle en Afrique ou en Irak, lui dans un programme de reconstruction à La Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina. Angelina Jolie évolue avec une facilité déconcertante des premières de films aux camps de réfugiés de Sierra Leone ou d’Afghanistan, de Vanity Fair au board du Council on Foreign Relations – un think tank qui compte Bill Clinton dans ses rangs.
Elle troque aussi son aura rock and roll et borderline pour l’image plus consensuelle d’une mère de famille sexy et « hobo chic », qui n’oublie pas pour autant les sans-grades. « It’s payback time », ont coutume de dire les Américains, prompts à ouvrir leur portefeuille et à rendre ce qu’ils ont reçu.
 Les « Brangelina » sont de cette trempe. Au cours des dix dernières années, les deux acteurs auraient versé 15 millions de dollars aux causes venant en aide aux indigents.
Une tactique payante sans mauvais jeu de mots. Mais l’actrice la mieux rémunérée de Hollywood – la seule, aussi à pouvoir tenir la dragée haute aux hommes dans des films d’action (cf. son rôle dans Salt, de Phillip Noyce, une Jason Bourne au féminin dans un sous- la Mémoire dans la peau) – ne néglige pas pour autant sa carrière : au dîner des derniers Golden Globes, Angelina Jolie et le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar se promettent sur un ton badin de travailler ensemble. L’information est aussitôt reprise par les blogueurs du monde entier. Et elle s’apprête à tourner dans le prochain Luc Besson.

Jolie militante ?

L’actrice prépare aussi son deuxième long-métrage qui se déroulera... en Afghanistan. « Ma famille aurait bien voulu que je choisisse un sujet plus léger, glisse-t-elle, car la préparation d’Au pays du sang et du miel a été plutôt intense. Mais, que voulez-vous, je me trouvais au Pakistan deux semaines avant le 11 septembre 2001 sur le tournage d’Un coeur invaincu, j’ai suivi le retour de plusieurs familles à Kaboul pendant dix ans, j’ai rencontré des soldats américains blessés, en particulier des femmes. Et tout cela est en train de mûrir en moi. » Bref, on ne se refait pas. Alors, qui est vraiment Angelina Jolie ? Une comédienne qui se bonifie, les années aidant ? Une militante sincère prompte à suivre l’exemple d’un George Clooney, désormais appliqué à mettre sa notoriété au service des combats qui lui tiennent à coeur, tout en tournant des longs-métrages sur les remugles de la politique américaine (maccarthysme ou scandales) ? Il y a fort à parier qu’Au pays du sang et du miel, tourné en serbo-croate et au casting peuplé d’inconnus, ne battra pas de records au box-office.
Mais Angelina Jolie s’en moque. Elle évolue désormais dans une autre galaxie. Celle de la liste A des acteurs de Hollywood dont la conscience leur dicte que l’engagement vaut encore le coup. Et que notre vieux monde à la dérive mérite qu’on lui sacrifie un peu.

The new challenge of Angelina Jolie 
The actress defends her first feature film, "In the land of blood and honey", as a director


By Margaux Destray and Sistine Leon-Dufour


A goddess of the star system and humanitarian pasionaria, this Wonder Woman is also a
committed director. In the land of blood and honey, her first film, tells a love story during the war in Bosnia. It is neither silent nor responsibility for atrocities the international community. Meeting with a clear conscience made in Hollywood.

Angelina Jolie is a curious paradox. A statuesque star, such as would be produced at the time, as comfortable on the red carpets on the tarmac of airports in Darfur. A glamorous beauty who inspired George Clooney used to be a tongue-in-cheek the immortal phrase: "Angelina will always be welcome at home. Brad (Pitt), however, may stay home. "A survivor of the chasms of post-adolescence (Jon Voight, her father, a great actor in Midnight Cowboy, was not the most balanced of men), which leads probably to get involved today with more helpless. Truster to view the covers of celebrity magazines, flanked by her six children clustered on the arm of her prestigious husband, you almost forget the main: Angelina Jolie, who made his debut in shorts, in marcel and pilleuse of graves in the character of Lara Croft (Tomb Raider), has earned the trust of directors like Robert De Niro (The Good Shepherd), Michael Winterbottom (A Mighty Heart, about the murder of American journalist Daniel Pearl), or Clint Eastwood (Changeling, an Oscar nomination -  she received
Oscar for that matter, everyone has forgotten, for Girl, Interrupted, James Mangold in 2000).These days, she stands in Los Angeles, her first feature film, In the land of blood and honey, an ambiguous love story between a Serb and a Bosniak during the siege of Sarajevo in the midst of conflict in the Balkans.

Director: the new challenge


She enters the room of the palace of Hollywood, beautiful and thin, strapped in a little black dress in strict executive woman. The subliminal message is clear: here, the international star fades before the debutante director. And debutante director at her imperious about: "For ten years, says Angelina Jolie rolling a small bottle of water in her hands, "I had the chance to work in the field with members of the United Nations High Commissioner for Refugees. They opened my eyes on the wounds of the world. And allowed to mix with countless victims of war. All have told me pretty much the same speech: how conflicts have been avoided if the international forces intervened upstream? "Both duty to remember and advocacy, the land of blood and honey (the name given to their country now divided the ex-Yugoslavs) does not deadlock on violence nor rape, Serbs perpetrated thousands between 1992 and 1995. The director has recruited players who had lived on Sniper Alley (the central artery of Sarajevo where Serbs and Bosnians are sniping and where the cars down at breakneck speed). She chose a backdrop of real prison camps.Result: the film holds the attention across the Atlantic for good reason. A dive in the greatest genocide since World War II. And not for other reasons more questionable: it's (Angelina) Jolie and therefore an object of curiosity.


Michelle and Barack Obama have also received Mr. and Mrs. Pitt in the Oval Office of the White House to discuss the work done by the actress against mass atrocities and sexual violence against women. Sly, half of "Brangelina" adopt an official speech and a low profile. "I never programmed to become a filmmaker," she insists. "I was in our house in southern France (note: a country house Var protected like Fort Knox) ​​when I had a flu and I was forced to quarantine. I started to write in one go, without thinking. In two days I had the outline of my script. I showed it to Brad who told me: "You know, it's not so bad, honey. '" She smiled her smile and gum that the remark could contain condescension. On the set, directing actors and the staging back to Angelina Jolie.Management of children, always quick to run around, fall within the area of ​​Brad (he also improvised as  photographer). As the singer Bono, to avoid being accused of amateurism when he came to discuss Africa at the G8, took a crash course in macroeconomics at the World Bank and with leading experts, the actress is, of course, aware of the Bosnian conflict, subjecting her actors to the question. "With Brad, we have a tacit agreement to carry out our projects each in turn," she says. The deal lasts from their explosive encounter - they embodied secret agents whose mission was secret kill each other - on Mr. & Mrs.. Smith, Doug Liman, in 2005.


The highest paid actress in Hollywood


At the time, she was not quite a stranger. The public knows of her stormy relationship with her father, her attempts at self-mutilation, her 2nd marriage to actor Billy Bob Thornton, her still very uneven filmography and legend (she would cultivate an immoderate taste for snakes and tattoos). Together, Angelina Jolie, the starlet, and Brad Pitt, the actor of Seven and Interview with the Vampire, will become invincible. They adopt children in Africa or elsewhere (the paparazzi waged a battle for the first official photo of the baby and its parents). They make films more and more ambitious with the elite of Hollywood filmmakers (any of their appearances electrifies the Cannes Film Festival). They engage in humanitarian projects in Africa or Iraq, he in a reconstruction program in New Orleans after Hurricane Katrina. Angelina Jolie is changing with disconcerting ease of the first films to refugee camps in Sierra Leone or Afghanistan, Vanity Fair board at the Council on Foreign Relations - a think tank that counts Bill Clinton among its ranks.She also barters her will rock and roll and borderline for more consensual image of a mother and sexy "hobo chic", which does not neglect those without degrees. "It's payback time," are wont to say the Americans, eager to open their wallets and give back what they received.The "Brangelina" are of this caliber. Over the past decade, the two actors would have paid $ 15 million to causes that assist the needy.Tactics without paying pun. But the highest-paid actress in Hollywood - the only one who can hold a candle to men in action films (see her role in Salt by Phillip Noyce, a Jason Bourne in the feminine in the sub- Bourne) - does not neglect her career: at a panel before the last Golden Globes, Angelina Jolie and Spanish director Pedro Almodóvar promised in a playful tone to work together. The information is taken up by bloggers around the world. And she is about to star in the next Luc Besson.


Pretty militant?


The actress is also preparing his second feature film to be held ... in Afghanistan. "My family would have liked me to choose a lighter subject," she slips, " because the preparation of the land of blood and honey was rather intense. But, what do you, I was in Pakistan two weeks before September 11, 2001,  on the set of A Mighty Heart, I followed the return of several families in Kabul for ten years, I met American soldiers injured, especially women. And all this is ripening in me."  In short, we never change. So who really is Angelina Jolie? An actress who gets better, helping the years? An outspoken quick to follow the example of George Clooney, now applied to use her fame to the service of fighting close to her heart, while turning feature films on remugles of American politics (McCarthyism or scandals) ? It's a safe bet that in the land of blood and honey, shot in Serbo-Croatian and the cast populated by strangers, will not beat the record at the box office.But Angelina Jolie does not care. She is now moving in another galaxy. That of the A list actors in Hollywood whose conscience tells them that the commitment is still worth the shot. And that our old world adrift deserves a little sacrifice.